Il vole à travers le ciel à la découverte d’une température plus propice, d’une alimentation plus abondante. Du Nord au Sud ou d’Est en Ouest, son déplacement n’est que l’hymne de la nature et son refrain. Telle sont les lois de la nature, tel est l’ordre de Dieu…pour l’oiseau.
Qu’en est-il de l’être humain ? Il quitte sa terre pour un monde meilleur. Il quitte le confort de sa maison pour les richesses du monde. Il quitte la guerre pour un avenir prospère. Il fuit le champs de mines pour mieux dormir sur un oreiller de plume. Il quitte la pauvreté et la famine, pour s’éloigner des atrocités de l’amertume. Il quitte ce qu’il ne veut plus voir pour grandir dans un monde d’espoir. Telle sont les lois de la nature, tel est l’ordre de l’Homme…pour l’Homme.
On l’enlève à ses racines tel on enlève un enfant des bras de sa mère. Quitter n’est pas facile, partir n’est pas un cadeau. Laisser ce que l’on sait pour adopter ce que l’on ne sait pas n’est pas de tout repos. Quitter son pays, c’est quitter ceux que l’on aime. Monter dans l’avion ou sur le bateau, c’est espérer cueillir ce que l’on sème. Combien de familles ont été déchirés par la guerre ? Combien de sœurs et de frères n’ont pas vu leur père ou leur mère malgré leur présence toujours sur terre ? Combien de jeunes ont dû quitter pour acquérir le savoir ? Combien de plus vieux ont dû quitter pour assurer un avenir plus prometteur à leurs enfants délaissant derrière eux tout ce qu’ils ont bâti à travers les décennies. Combien ont dû quitter pour assurer la subsistance des leurs ? Combien ont dû tout délaisser pour mieux dormir ? Combien ont dû partir pour un autre travail ? Émigrer ou Immigrer, il n’y a point de différences. Lorsque tu pars, ce n’est pas pour des vacances. Quoi qu’il en soit, le mot Migrer est là. Combien rêvent d’un monde meilleur ?
Combien sont morts dans leur quête d’un destin prometteur entre mer et terre ? Combien ont rêvé sans pouvoir dormir et combien ont du dormir sans pouvoir rêver ? Combien ont rêvé sans jamais se réveiller et combien se sont réveillé déçu d’avoir espéré. Combien ont vu la mère, loin du coeur de son enfant vieillir ? Combien ont vu l’enfant, loin des yeux de son père mourir ?
Enfant, le jour où tu quitteras celui et celle que tu aimes, quelles qu’en soit les raisons, souviens-toi…Tu es le fruit de leur amour mais le vent de la vie a décidé d’emporter ce dont tu es vers un autre lieu, une autre terre. Sois une bonne semence. Grandit en paix avec la nature et ce qui t’entoure, avec tout l’espoir d’un monde meilleur, un monde plus vert, de sorte que lorsque tu seras grand, l’arbre dont tu es, nourrit d’une bonne semence la terre adoptive qui l’a accueilli. Fais que la terre qui t’a accueilli soit épanouie par ton apport. Fais en sorte que les oiseaux perchés sur tes branches chantent ta présence et le vent qui t’entoure s’amuse avec toi à la danse harmonieuse de tes feuilles. Si tu vois l’écureuil demandant ton aide pour l’hiver, tend y tes bras, il te sera un bon compagnon lorsque les feuilles ne sont pas là pour te garder compagnie dans la solitude hivernale. Si un jour l’abeille te demande d’établir sa maison là où elle se doit, donnes-y la permission et rappelle toi, c’est peut être elle qui t’a sorti un jour de la misère pour te transporter vers une terre plus prospère. Et si la chenille vient manger de tes feuilles, fais preuve de générosité, après tout, tu as bien mangé et tu t’es bien abreuvé des nutriments du sol.
Il n’arrive pas un jour où tu pourras avoir besoin de quelqu’un tout comme quelqu’un aura besoin de toi. Enfant, n’attends jamais quoi que ce soit en retour. Offre à la vie et la vie te le rendra d’une manière ou d’une autre. Accepte les opportunités avec gratitude, mais épargne-toi de la compagnie des opportunistes car Oh combien vivent seuls les opportunistes. Ils sont les esclaves de chaque être de ce monde et ils finissent par être les victimes de leurs propres ambitions.
Enfant, si un jour, tu vois arriver à tes côtés une semence d’un autre type, n’oublies pas. N’oublies pas d’où tu viens et rappelles-toi qui tu es. N’oublies pas d’où tu viens car ton voyage était long et la nature que tu as délaissé ne s’en est trouvé que plus dévastée par ton absence. Mais, surtout, rappelles-toi qui tu es car ensemble, ton nouveau voisin et toi, vous faites ce que l’on appelle la forêt, ce qu’on appelle la nature. Ensemble, vous bâtissez l’écosystème et, ensemble, vous faites chanter la nature. Enfant, souviens-toi, la terre est grande. Et, as-tu déjà vu un arbre se déraciner pour prendre la place d’un arbre à ses côtés ? L’érable ne partage-t-il pas le sol avec le mélèze ? Et si tu juges qu’aujourd’hui, l’arbre te fait de l’ombre, rappelle-toi que demain, il pourrait être celui qui te protègera du soleil ou des forts vents et de la pluie.