Du mensonge au paradoxe psychologique

Une petite question pour commencer : Un menteur qui vous avoue qu’il ment, dit-il la vérité ? Lorsque le mensonge devient la règle et, la vérité l’exception, l’être cesse d’exister.

Parlons en toute franchise. Quelle est selon vous la valeur à la base du succès, que ce soit dans une carrière, une relation, en affaires, entre amis, ou autre ? Selon plusieurs leaders, l’honnêteté est à la base d’un grand succès étant donné tout ce qui en découle et ses nombreux atouts sur les plans psychologique et social. Pour les couples, il s’agit du carburant de la confiance continuelle et de l’épanouissement mutuel. Pour les gens d’affaires, c’est le signe d’une relation fructueuse. Pour les politiciens, c’est l’ambition d’une carrière sans embûches. Pour les vrais leaders, il s’agit d’un investissement à long terme et pour tout individu, il s’agit du meilleur moyen pour éviter les sentiments destructeurs. Chacun a la liberté de ses choix, mais à chacune ses conséquences ! La liberté de conscience est un droit important, mais personne n’est à l’abri de l’erreur. Il revient donc à chaque individu d’adopter un comportement honnête et intègre ou pas. Pour chaque décision, il y a un coût à assumer.

D’ailleurs, même en affaires, les gens s’entendent là-dessus. Gérard Plourde, ancien président d’UAP (un conglomérat pancanadien qui faisait la distribution de pièces automobiles) disait un jour : «L’honnêteté est une vertu importante pour le leadership. Les gens malhonnêtes peuvent gagner longtemps parfois, mais ils finissent toujours par perdre à long terme. »

Bien que l’être humain ne soit pas infaillible, le respect se doit d’être immense envers ceux qui surmontent la crainte, anéantissent la peur et affrontent les perceptions. Imaginez le courage que ça prend lorsque l’individu met en jeu l’estime qu’ont les autres de lui ! Cependant, souvent, il s’avère que craindre est pire que la crainte elle-même. En bout de compte, ce sont ces gens courageux qui finissent par triompher étant donné le respect qu’ils se méritent et la confiance qu’ils établissent à travers leurs relations interpersonnels et l’honnêteté dont ils font preuve.

De toute façon, « aucun homme n’a suffisamment bonne mémoire pour faire carrière dans le mensonge », disait Abraham Lincoln (16e président des États-Unis reconnu pour avoir aboli l’esclavage). Il peut parfois être fascinant, voire même amusant d’écouter certaines personnes parler et se contredire. Parfois même, le temps est un grand parleur. Il faut dire qu’il est même rassurant d’en connaître la portée afin de décider du lien de confiance entre deux personnes et des compromis à accorder. D’abord, une règle d’or : Quelqu’un qui se respecte, respecte d’abord sa parole. Quelqu’un digne de confiance, respecte le lien entre sa parole et son action. D’ailleurs, moins l’individu est isolé, plus il est susceptible de faire face à l’erreur. Plus la personne se retrouve dans un duel face à l’erreur, plus l’âme se doit de se développer en termes de valeurs pour ne pas se laisser emporter.

Personne n’est parfait, mais rien n’empêche de travailler sur cette voie de la perfection, bien que quasi-impossible à atteindre face à toutes les pressions sociales de nos jours.
Le problème avec le mensonge, c’est qu’il se retrouve en contradiction avec les faits réels. Le cerveau enregistre l’action alors que la bouche transmet l’information en fonction de l’intervention du moment. Or, dans ces circonstances, le cerveau se retrouve dans une confusion entre le fait et la parole à transmettre oubliant ainsi toute autre intervention antérieure. Ainsi, le mensonge engendre une escalade sans fin dans une chaîne d’actions-réactions qui ne fait que placer plus profondément l’auteur du mensonge dans une zone d’insécurité psychologique et d’instabilité émotionnelle. La personne se met ainsi à jongler entre les paroles sans comprendre pourquoi elle s’embarque dans ce jeu infernal, affectant ainsi, à travers le temps, sa propre confiance en elle-même. Ce qui est très malheureux.  Pour certains, il est plus facile de dire un mensonge qu’une vérité, aussi minimes soient les circonstances. Tout un choc ! C’est ce que l’on appelle vivre à reculons ou plutôt rouler en regardant surtout dans les rétroviseurs.
Mais, comment reconnaître le meilleur exemple de menteur ? Il faut regarder celui qui a tendance à démentir les vraies affirmations d’un autre. Imaginez, vous dites de quoi, et, l’individu insiste comme quoi vous ne l’avez jamais dit. Ou, il vous parle d’une chose et quelques heures plus tard ne se souvient pas vous l’avoir dit.
Ce que l’on doit se demander, c’est : pourquoi certains cherchent à tout prix une vie complexée, sautant d’un mensonge à l’autre, restant rongés par le blâme et le doute ? Pourquoi chercher un refuge dans le mensonge question de protéger sa réputation, pour ne pas déplaire à certains ou tout simplement pour ne pas blesser autrui ? D’accord, il y a des choses qui se disent et d’autres pas. Mais, faire du mensonge leur mode de vie quotidien devient un accouplement avec un ennemi vicieux qui dévore tranquillement mais certainement son hôte à long terme. Il agit comme le cancer. S’il est diagnostiqué tôt, ses dégâts sont très limités et la vie continue. S’il prend son habitude, il se propage tranquillement dans le corps de son hôte, se fractionne et le détruit peu à peu et lorsqu’il sort au grand jour, il est souvent trop tard et la fin est fatale. Parfois même, il suffit qu’il s’attaque soudainement à un seul petit organe et tout est fini en l’espace de quelques jours.
Mentir est en fait une forme de paradoxe psychologique, cela peut engendrer une satisfaction personnelle temporaire où la personne finit par se faire croire à elle-même en la véracité de sa fausseté plongeant ainsi dans une illusion qui affecte grandement sa satisfaction émotionnelle et psychologique, tout comme sa propre estime. Y plonger, c’est se contenter de l’isolement et de l’égocentrisme plutôt que de l’épanouissement personnel et collectif. Bref, investir dans le mensonge, c’est semer le doute en soi et auprès des autres quotidiennement pour n’en cueillir que l’isolement et la solitude à long terme.
Être honnête, c’est dormir la tête tranquille le soir tout en évitant d’hypothéquer ses journées futures. Quoi de mieux qu’une bonne cohabitation entre la pensée, la parole et l’action, entre le corps et la conscience, entre le corps et l’âme ? Certains mentiraient jours et nuits pour arriver à leurs fins pour constater finalement qu’ils n’en sont jamais satisfaits et restent alors sur leur faim. Sont-ils vraiment heureux ? Quelle est la valeur de ce qu’ils vont chercher en retour si c’est à travers le mensonge ? Comment se sentent-ils face à leurs victoires si le cœur et la raison n’y sont pour rien ? Comment évaluent-ils leurs compétences ? Comment se comparent-ils aux autres ? Quelle est la valeur de leur propre honneur et de leur dignité ? En fait, quelle est leur valeur pour notre collectivité ?
Ils tireraient probablement un profit individuel qui ne les satisfait jamais au détriment d’un bonheur collectif qui n’attend que la fin de leurs jours pour s’en soulager.

Victor Hugo disait un jour :

« Mieux vaut une conscience tranquille qu’une destinée prospère. J’aime mieux un bon sommeil qu’un bon lit. »

Pour vivre de façon équilibrée entre ses paroles et son comportement, pour vivre en harmonie entre la psychologie de l’individu et ses relations avec autrui, rien ne convient mieux que de faire preuve d’intégrité. Il s’agit là d’une caractéristique qui se travaille, qui se développe du moment où l’on en prend conscience. Dire que quelqu’un n’a jamais menti de sa vie serait déjà en partant faire part d’un mensonge. L’honnêteté se développe tout comme les autres valeurs humaines. C’est l’individu qui en fait le choix, il s’agit d’un élément acquis et non inné. Évidemment, l’environnement dans lequel l’être humain grandit peut avoir une grande influence sur l’individu dans ses choix. Mais, le respect est encore plus immense envers celui que l’on jette à la mer et qui apprend à nager par lui-même. Tout de même, il ne faut pas en arriver à faire le fou de soi-même.

Être honnête, c’est dérouler le tapis pour une coexistence harmonieuse entre la pensée, les paroles et l’action. Être honnête, c’est éviter de faire de son être un champs de bataille où s’entredéchirent les contradictions et la conscience car il s’agit là d’une guerre sans fin et d’une lutte à travers laquelle tout ce qui entoure l’individu devient un ennemi ayant perdu confiance en celui-ci pour finalement n’aboutir qu’à une seule victime : son âme.

Il est parfois mieux de perdre l’estime d’un prochain que sa confiance pour certaines raisons : l’estime peut se regagner, mais la confiance est difficile à rétablir si elle n’est pas comprise. L’estime s’interprète en fonction de perceptions individuelles dépendant des attentes de chacun alors que la confiance s’applique à une perception collective importante. De plus, l’estime se développe par créneaux, par différentes réalisations, alors que la confiance se bâtit en un bloc collectif. L’estime est un concept individuel en soi face à ses propres attentes personnelles, une valeur fluctuante à travers la vie qui nous est propre et à travers laquelle on évalue les résultats par le biais des buts atteints en fonction de la difficulté du chemin, étant presque héritée dès la naissance pour certains tout comme elle peut être acquise ou perdue pour d’autres à travers le temps. La confiance, quant à elle, est un concept rigide soumis à la loi de la gravité, une ligne droite qui peut en tout temps descendre beaucoup plus rapidement que sa montée. Il se peut qu’elle s’effrite en cours de route, les retouches évolutives sont possibles et peuvent même être d’une plus grande qualité, mais le vent peut la mettre à terre à tout moment et il faut tout reconstruire, à moins que les fondations soient solides. Il s’agit d’une inspiration que l’on donne aux autres face à soi et que l’on doit mériter à travers la ligne du temps.
En quelques mots, l’honnêteté devrait se résumer en quatre points. L’honnêteté c’est penser ce que l’on est, dire ce que l’on pense, faire ce que l’on dit et assumer ce que l’on fait ! Telle devrait être la règle d’or des gens intègres et dignes de confiance, telle est la règle de ceux qui osent bien investir dans leur avenir sans crainte et sans représailles. Observez les leaders les plus charismatiques à travers l’histoire, ils ont tous un détail quotidien en commun par rapport à leurs paroles et leurs actions : lorsqu’il y a une harmonie entre la pensée, la parole et l’action, ils inspirent une grande confiance. Ils n’ont pas nécessairement toujours été sur la même voie, mais lorsque le temps est venu, ils ont su prouver une confiance indestructible.
En éliminant le mensonge, l’être humain anéantie l’hypocrisie car les deux sont indissociables. On peut parler d’un combo, mais sans la liqueur, car ils sont, de toute façon, indigestibles pour l’être humain. En se débarrassant du mensonge, la personne se débarrasse ainsi du carburant de la confusion dans les pensées d’autrui et évite la méfiance de la collectivité à long terme.
Être intègre, c’est avoir des bases solides. Et, il n’y a pas d’âge pour commencer. Du moment où l’on en prend conscience, il est possible d’en faire preuve. Plus on commence jeune, mieux c’est. On s’assure ainsi d’être bien ancré dans des ressources solides à la base d’une confiance cohabitant avec une estime sans faille.
Etre honnête, c’est vivre avec sa vie et l’assumer sans l’influence de ce qui nous entoure, de ses craintes, de ses sentiments ou de ses ambitions. Il ne faut pas laisser l’égoïsme, l’égocentrisme et le pessimisme entraver l’épanouissement de la vérité sur le mensonge. Souvent, il n’est jamais trop tard pour changer, se développer et courrir vers le progrès.

Épicure a dit une fois :

« Une vie heureuse est impossible sans la sagesse, l’honnêteté et la justice, et celles-ci à leur tour sont inséparables d’une vie heureuse. »

Le mensonge peut sembler plaisant à court terme, mais il a une durée de vie très courte, c’est pourquoi il est mieux d’investir dans l’honnêteté pour le long terme.

Que l’individu se rappelle : Le mensonge agit comme le cancer. S’il est diagnostiqué tôt, ses dégâts sont très limités et la vie continue de plus belle. S’il prend son habitude, il se propage tranquillement dans le corps de son hôte, frappant l’intellect, le détruit peu à peu et lorsqu’il sort au grand jour, il est souvent trop tard et, ses conséquences sont sans merci.

L’honnêteté c’est penser ce que l’on est, dire ce que l’on pense, faire ce que l’on dit et assumer ce que l’on fait. Si les sens n’entendent pas le mensonge, le cœur le ressent. Un sixième sens qui ne trompe jamais sur le déchiffrement des apparences.

(article rédigé en 2008)

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